Je suis une romantique qui ne sait pas s'élancer. Sauf dans la colère. Et ça use.
Je cherche souvent, sans le trouver, le surplus de beauté qui manque à mes jours vides sauf de vices : mes yeux mal fermés ne scrutent pas là où il faut. Même ma manière d'aimer se ternit, s'avachit. Ainsi affaissée, l'effort qu'il m'en coûterait d'aller puiser dans les livres cet éclairage nécessaire m'apparaît surhumain. Et alors je ne fais plus rien sauf marmonner, boudeuse - oui, ça peut durer longtemps.
Seuls certains jours, ceux où le courage me prend d'aller trotter un brin les yeux bien bas, m'éloignent de la pensée de toutes les vies cassées par ce printemps de merde. Ces jours-là, les paires de souliers usées que j'entends scander "assez" suffisent à me convaincre que même si, c'est vrai, il y a toujours l'éclat que je cherche quelque part sur la rue, je ne dois jamais cesser de traîner proche des auteurs, ces autres promeneurs, qui jettent justement vers moi pile ce qu'il faut pour me donner l'élan qui me manque souvent pour me lancer parmi la foule.
Approches de l'idéal
"Pour que le langage me vienne, il faut que je l'aie cherché avant, longtemps, instamment. Je n'ai pas le langage d'emblée." (Handke) "Langage", oui, et aussi "sentiment de la vie", "confiance", "force d'agir". Une (rare) conviction : l'humanité tient parce que la parole d'autrui dit, parfois, ce qui nous fait intimement.
28 mai 2012
08 mai 2012
Des vacances en tout-inclus
Prendre 4 fois par jour, aux 8 heures. Ne pas consommer en même temps que le calcium qui vous a été prescrit. (Penser à mettre une minuterie pour respecter une alternance.) Risque de complication avec la prise de somnifères. (Les prendre une heure avant ceux-ci pour pouvoir même espérer dormir.) Forte diminution des effets des contraceptifs oraux. (La bonne nouvelle : de toutes façons vous êtes beaucoup trop gelé pour même penser à désirer.)
Mâcher 2 concentrés de X au matin, s'en faire une infusion 3 fois par jour, penser à boire beaucoup d'eau, de Y et de Z. Ne pas boire d'alcool. Dormir beaucoup. (Voir vos acouphènes comme une musique.) Continuer bien sûr la prise des médicaments habituels. Bien suivre le rythme des rendez-vous hebdomadaires chez l'osthéo, l'acuponcteur, le psy et le médecin : l'annulation entraîne des frais.
Manger beaucoup de légumes, pas trop de viande, arrêter le café, diminuer le sucre (suffit, ton chocolat). Ne pas oublier de bien respirer. Surtout en cas de crise. Méditer 15 minutes par jour, puis 30. Puis plus du tout. Puis recommencer, ne plus y arriver, en être obsédé.
Se mépriser, s'exalter, se condamner, et s'en balancer.
C'est quand même merveilleux d'avoir du temps pour s'occuper de soi. Comme si on avait besoin de ça.
Mâcher 2 concentrés de X au matin, s'en faire une infusion 3 fois par jour, penser à boire beaucoup d'eau, de Y et de Z. Ne pas boire d'alcool. Dormir beaucoup. (Voir vos acouphènes comme une musique.) Continuer bien sûr la prise des médicaments habituels. Bien suivre le rythme des rendez-vous hebdomadaires chez l'osthéo, l'acuponcteur, le psy et le médecin : l'annulation entraîne des frais.
Manger beaucoup de légumes, pas trop de viande, arrêter le café, diminuer le sucre (suffit, ton chocolat). Ne pas oublier de bien respirer. Surtout en cas de crise. Méditer 15 minutes par jour, puis 30. Puis plus du tout. Puis recommencer, ne plus y arriver, en être obsédé.
Se mépriser, s'exalter, se condamner, et s'en balancer.
C'est quand même merveilleux d'avoir du temps pour s'occuper de soi. Comme si on avait besoin de ça.
04 mai 2012
La grève qui tue : un autre point de vue
Ça fait longtemps que j'ai pas parlé. Je parle plus. Je sors plus. Quand je le fais, ça va tout croche.
Les derniers mois ont été durs. Et ça plombe encore. Ça fait que ce sera pas joli, ça ressemblera pas à des phrases faites de beaux morceaux musicaux qui coulent ou à des moments suspendus comme dans mes lectures préférées. Ça va ressembler à ma face échevelée, qui se regarde dans le miroir chaque matin mais qui voit juste la boule qui prend mon ventre, qui le lâche pas. Elle me lâche pas.
C'est vrai, c'est l'ordre des choses, ne rien pouvoir faire pour aider une mère malade, ne rien pouvoir faire devant l'inconnu. Penser à soi, à tout ce qui se pense pas. Geler raide dans le néant.
C'est vrai, c'est beau, la grève. Je suis pas contre la vertu. Je suis même d'accord : je veux croire que l'éducation bla bla bla. Mais depuis plus d'un mois, j'ai plus de travail - et mon travail me garde en vie -, j'ai plus une cenne, je sais pas vers quoi je m'en vais, je reçois des messages de mamans, de raccrocheurs, de mélangés qui lâchent l'école, qui abandonnent, qui en peuvent plus. Je sais pas quoi leur répondre.
Je les aime bien, les gens gentils qui partagent des articles qui ont six mois de retard sur des nouvelles sans rapport avec la grève au nom d'une cause sociale, d'une histoire qui changerait, d'une justice qui se rétablirait.
Mais si c'est pas en train de gruger ta vie, cette grève-là, c'est peut-être un peu facile d'y croire encore.
Moi, j'ai plus d'espoir.
Les derniers mois ont été durs. Et ça plombe encore. Ça fait que ce sera pas joli, ça ressemblera pas à des phrases faites de beaux morceaux musicaux qui coulent ou à des moments suspendus comme dans mes lectures préférées. Ça va ressembler à ma face échevelée, qui se regarde dans le miroir chaque matin mais qui voit juste la boule qui prend mon ventre, qui le lâche pas. Elle me lâche pas.
C'est vrai, c'est l'ordre des choses, ne rien pouvoir faire pour aider une mère malade, ne rien pouvoir faire devant l'inconnu. Penser à soi, à tout ce qui se pense pas. Geler raide dans le néant.
C'est vrai, c'est beau, la grève. Je suis pas contre la vertu. Je suis même d'accord : je veux croire que l'éducation bla bla bla. Mais depuis plus d'un mois, j'ai plus de travail - et mon travail me garde en vie -, j'ai plus une cenne, je sais pas vers quoi je m'en vais, je reçois des messages de mamans, de raccrocheurs, de mélangés qui lâchent l'école, qui abandonnent, qui en peuvent plus. Je sais pas quoi leur répondre.
Je les aime bien, les gens gentils qui partagent des articles qui ont six mois de retard sur des nouvelles sans rapport avec la grève au nom d'une cause sociale, d'une histoire qui changerait, d'une justice qui se rétablirait.
Mais si c'est pas en train de gruger ta vie, cette grève-là, c'est peut-être un peu facile d'y croire encore.
Moi, j'ai plus d'espoir.
23 avril 2012
Le pari
Ouf. À force de vivre, j'ai oublié comment penser. Et maintenant, même si je sais qu'il faut savoir dire l'un et l'autre, je me demande bien lequel choisir.
Image : http://cdpresse.fr/2010/10/06/l’hopital-psychiatrique-en-france-une-honte/la-folie/
Image : http://cdpresse.fr/2010/10/06/l’hopital-psychiatrique-en-france-une-honte/la-folie/
04 août 2011
Renarde explosive. (Un totem imaginaire.)
L'idéal est un idéal parce qu'il est inaccessible. Et c'est précisément parce que je n'arrive pas à le faire agir dans ma vie comme je le voudrais que je m'efforce de l'approcher chaque fois que j'écris, je pense, je sens quelque chose. C'est entendu. Mais même si je m'en sais lointaine presque chaque jour qui passe, je le garde pas trop loin, il me fait du bien, me rappelle ce que je suis.
Aussi est-ce toujours avec une jubilation toute naïve que je vois venir les débuts de session. Même si je sais que, en cours de route, je me trouverai immanquablement à bout de souffle, débordée, désespérée de trouver un peu de temps pour penser et vivre, le choix des livres, les recherches préparatoires, la quête de films et d'autres gugusses susceptibles d'éveiller des étudiants dont je sais l'intérêt difficilement capté par ce qui s'écrit ou pire, doit se lire, me remplit d'une joie enfantine pas trop lointaine d'une saine folie.
Sauf que cette fois est différente : je me sais d'avance prisonnière de cours de mise à niveau.
Alors je me demande. Vraiment. Suis-je une imposteure si je n'ai pas de papillons dans le ventre à l'idée de convaincre quelques élèves qui n'en ont rien à faire que maîtriser sa langue est le début de la santé mentale ?
Je trépigne à l'idée de partager mon amour pour certains auteurs, certains regards sur le monde qui peuvent, je le sais pour l'avoir vécu, bousculer un peu ce que des post-ados croient être devenus. Parfois, c'est une période toute entière qui me rend fébrile et que je veux leur faire vivre de toutes les façons. Mais la langue... La langue, même quand elle est belle, sert à véhiculer quelque chose. Elle n'est pas une fin. Même en littérature. Du moins telle que je la vis.
Depuis que j'ai appris la triste nouvelle de ma tâche automnale, je suis forcée de revenir sur un présupposé fondamental. Parce que si l'idéal est une fin, il transcende tous ses moyens. Et j'ai bien peu à faire d'eux, s'ils ne feignent pas de me rendre pas à lui.
Libellés :
Enseignement,
Idéal,
Institution,
Langage,
Lecture,
Quotidien
22 juillet 2011
Mi-figue, mi-raisin
Je suis devenue professeure de littérature précisément parce que je trouvais que la littérature trouvait difficilement sa place dans la cité; si pour un seul jour les techniciens en formation que j'aurai eus devant moi pensent que peut-être, la littérature, ça aide à vivre, j'aurai réussi.
Pourtant, je ne sais pas encore si je suis snobe ou populiste. Chaque cours que je donne, je m'exprime dans un langage qui me ressemble moins que celui que j'utilise ici, pour le dire comme ça, dans l'unique but de rejoindre le plus grand nombre. Chaque cours, je gesticule comme un clown et je réfère à nos vies quotidiennes pour ancrer la littérature dans la vie - en dehors de mon amour pour certains auteurs, c'est à ça que se résume ma perspective pédagogique, pour dire le vrai.
Considérant cette approche, je devrais, normalement, me réjouir de ce que des journalistes populaires, outre Foglia, qui le fait si bien, se mettent à pondre des chroniques littéraires. Pourtant, chaque fois, je tique. Et particulièrement quand il s'agit de Patrick Lagacé.
Peut-il légitimement parler de l'"oeuvre de Camus"? En a-t-il lu plus qu'un livre, lu au cégep, par surcroît ? J'en doute. Peut-être ai-je tort, peut-être Lagacé est-il un grand lecteur. Peut-être sait-il replacer l'oeuvre de Camus dans le contexte qui était le sien : celui de l'existentialisme, de la remise en question de ce que c'est, l'humanité. Mais c'est plus fort que moi, je ne peux m'empêcher de penser que ça ne cadre pas avec le personnage.
Et alors, je me demande : à quel prix la littérature doit-elle trouver sa place dans la cité ? Jusqu'où pouvons-nous aller avant de déclarer "Toi, ci-devant, tout t'est permis, sauf parler de livres" ?
Mon coeur veut répondre à cette question tout autrement que ma tête. Et pour une fois, je pense que la pédagogue a peut-être moins raison que l'intellectuelle.
Libellés :
Enseignement,
Idéal,
Institution,
pensée,
Quotidien
17 juillet 2011
Déménagement prosaïque
Virginia Woolf a écrit dans son essai sur la maladie qu'il n'y a rien de moins romanesque que la maladie. Rien de moins inspirant qu'un mal de tête ou une vilaine toux, dont on ne tire un matériel fictionnel qu'au prix de larges efforts. (On pourra objecter Proust; elle ne l'aimait pas. On pourra aussi objecter Thomas Mann ou Dostoïevski; elle n'a pas eu l'air d'y songer. Avec raison : quelques contre-exemples ne sont pas des arguments pour invalider une thèse.) Et elle le regrettait, évidemment.
Ce soir, assise dans ma nouvelle salle à manger, observant l'orage au-dessus des boîtes et des pots de peinture, je ne suis pas loin de penser qu'en fait, ce sont tous les menus tracas du quotidien qui n'ont rien de romanesque. Qu'installer des miroirs et des tablettes éloigne dangereusement de ce qui ressemble à l'inspiration, un peu de la même façon que la gastro trouve mal sa place dans le coeur d'un récit.
Pourtant, je me rappelle que le matin du 1er juillet - sur la rue que j'habitais, nous étions une bonne dizaine de groupes à voyager boîtes et souvenirs de portes en camions - je m'étais dit au contraire que ces échangeurs temporaires au pas des porches suggéraient beaucoup de choses. Ils nous relaient, d'abord, comme si le fait d'être tous en transit nous rapprochait davantage que la proximité du voisinage. Ils disaient aussi beaucoup sur ce que c'est que d'être citadin : temporaire, nerveux et besogneux. Sans compter qu'ils nous montraient tels que nous sommes vraiment car, comme chacun sait, c'est dans les fractures qu'on se révèle le plus authentiquement.
Parmi toutes les variantes observées, plusieurs dominaient grandement. Il y avait les angoissés, qui bougaient beaucoup et étourdissaient sans vraiment déplacer quoi que ce soit; penser à tout, c'est trop prenant pour agir. Les équanimes, eux, se laissaient diriger sans poser de questions, trouvant par surcroît le temps de goûter pleinement le verre d'eau qu'on leur tendait et de rigoler aux mésaventures mentales des angoissés. Les pragmatiques, au contraire, ne s'abandonnaient pas à de tels loisirs, et cherchaient le moyen d'entasser le trop-plein qu'on emmagasine bêtement dans l'espace disponible pour le déplacer. Je vous laisse le soin de deviner à quelle catégorie j'appartiendrai toujours...
Or même si déménager n'a rien d'inspirant, surtout sous une chaleur opprimante, j'ai eu le temps de me dire, ce matin-là, qu'il y avait là beaucoup de personnages en puissance. Et que - ça fait longtemps qu'on le sait, mais on l'oublie trop, Woolf a raison - c'est précisément dans les événements les plus triviaux qu'il faut chercher ce qui déborde, parce que celui qui raconte ce qui éclate au coeur des moments sublimes a beaucoup moins de mérite que celui qui cherche partout, au cas où.
Ce qu'il y a, c'est qu'on perd beaucoup de temps à fonctionner comme ça. Et, malheureusement, en plein déménagement, il se fait rare, le temps.
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